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| Le Temps, Alain Campiotti, Salé, Mercredi 5 septembre 2007 |
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| La prison de Salé, avec son mur gris continu, est particulièrement sinistre. Pourquoi donne-t-elle ses rendez-vous devant cette porte noire? Pour mettre d'emblée son hôte dans le bain de la détestation qu'Al-Adl wal-Ihsan (Justice et spiritualité) voue à la dynastie alaouite, le père Hassan autant que le fils Mohammed? Mais non, dit-elle, c'est juste un problème pratique: sa maison est dans une petite rue à l'écart de la route principale, et le visiteur se perdrait. Nadia Yassine vit dans les nouveaux quartiers de la ville, loin de la vieille médina de Salé, ce concentré de vie misérable à cinq minutes de Rabat la riche et la toute blanche. Depuis que son père, Abdessalam Yassine, vit dans une semi-retraite, cette jolie jeune femme au foulard serré autour du visage est devenue au Maroc et dans le monde la voix du mouvement islamiste radical - mais elle n'aime pas ce mot: «Nous n'avons rien à voir avec ceux qu'on nomme les islamistes, avec les djihadistes. Ils vivent dans l'indigence culturelle et la haine de soi.» Elle ajoute, selon l'habitude idéologique locale, que les radicaux existent sans doute surtout comme justification de l'omniprésence américaine dans la région: «L'islam est juste un vernis.» |
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| Le Temps: Pourquoi refusez-vous de prendre part aux élections marocaines? |
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| Nadia Yassine: Parce que c'est une mascarade, une façade. Les Etats-Unis ont tellement besoin de croire qu'une démocratie fonctionne dans le monde arabo-musulman que cette apparence fait leur affaire, et l'Europe suit sans discuter. |
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| - Le Parti de la justice et du développement, qui a la même orientation que vous, accepte de participer...
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| - Nous n'avons pas la même approche. Eux croient qu'il est possible de transformer un tel système de l'intérieur, en colmatant les brèches. Mais ce régime me fait penser à un bateau troué de toutes parts sur lequel on continue de faire la fête. Nous ne monterons pas sur un navire qui sombre. |
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| - Avez-vous une opposition de principe au recours électoral? |
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| - Pas du tout. Mais nous avons des priorités. Il faut d'abord que se réunisse au Maroc une grande conférence nationale, dans laquelle tous les partis, toutes les familles seraient représentés. Sa tâche sera de rédiger une constitution, non pas une constitution octroyée comme celle que nous subissons aujourd'hui, mais un texte auquel le roi devra se soumettre. Si le peuple veut que ses pouvoirs soient limités ou abolis, il devra s'incliner. |
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| - Vous avez vous-même des ennuis judiciaires, qui durent, pour une déclaration en faveur de la république...
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| - C'était de la provocation. Je ne suis pas aveugle au point de ne pas voir que le peuple est attaché au roi. Aujourd'hui, même les gauchistes admettent l'institution du Commandeur des croyants! |
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| - Mais si votre conférence nationale ne se tient pas, et que le Maroc ne reçoit pas une nouvelle constitution?
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| - Alors pourra se produire ce que mon père a appelé la qawma, par opposition au mot arabe thawra, qui désigne une révolution violente. Qawma vient du verbe qama, qui veut dire se lever. C'est un soulèvement pacifique, qui est possible au Maroc. Souvenez-vous: peu de temps avant la révolution islamique en Iran, personne ne croyait possible un tel événement. |
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| - Ce n'est pas banal d'entendre une femme s'exprimer au nom d'un mouvement qui se réclame d'un islam rigoureux...
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| - Je ne suis pas un accident de l'histoire. Le monde est en train de changer. Il faut le libérer des jurisprudences obscurantistes et autoritaires qui soumettent les hommes aux tyrans et les femmes aux hommes. Et il faut libérer le Coran de fausses lectures qui ne datent pas du Prophète mais des dictateurs omeyyades. |
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| - Mais vous n'avez pas approuvé la réforme de la moudawana, le code de la famille adopté en 2004?
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| - C'est faux! Nous avons condamné la loi parce qu'elle est inapplicable. Faire passer l'âge du mariage de 15 à 18 ans est une bonne chose. Mais sans mesure d'accompagnement, c'est une aberration. Pour la moitié des jeunes Marocaines à la campagne, le choix est entre le mariage, les ménages à la ville et la prostitution. L'Etat a fait le choix pour elles. |
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