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Vos contributions
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| L’enfant, SDF | |
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| Najia Rahmani ,10-10-2006 |
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| Ces copains l’appellent « Zetma », je l’appelle « zatem ». C’est un petit bout d’enfant, menu et frêle, qui ne fait pas ses dix ans. Un Gavroche de notre temps. Je l’ai probablement rencontré à un feu rouge, où trottant, il essayait de convaincre les automobilistes, d'acheter une cigarette « détail » ou une boite « kleenex ». C'est probablement aussi, une image mentale, que ma mémoire marquée, gambadant dans les dédales de ma vie, a créé de toutes pièces. Je me remémore sa petite frimousse tracée par les intempéries, mon coeur se déchire, et des larmes coulent sans retenue. |
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| Mes mots sont pour toi « Zatem » petit enfant de la rue, je te veux « Zatem »: « Accélérant », ambitieux, téméraire, dépassant les embûches de la rue, je ne veux pas que tu subisses « Zetma », l’empreinte, stigmate du temps, que tu sois marqué à vie. « Zatem », petit bout de chou, ton image hante mes rêves, saigne mon cœur, perturbe mon instinct maternel, je dors dans un lit et tu dors sur un lit de cartons, sous un pont de chemin de fer, je mange à ma faim et tu ne manges qu’à la fin. Mon cœur crie désespoir ! Que puis-je pour toi, Ô mon petit coeur ? |
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| Ô plume, je veux que mes mots soient épines, pour perturber le sommeil des visages blafards, des mines patibulaires et des ventres repus que les deux chaînes de télévision nous exhibent. |
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| Ô mots, je vous veux, amers et amertumes dans les gosiers des despotes, qui n’ont jamais été nos potes. Je veux qu'ils boivent le calice jusqu'à la lie. |
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| « Zatem » mon petit philosophe, je me rappelle que tu m’avais raconté que les beaux jours, sont ceux où tu arrivais à trouver un repas de fèves, même si, de petites bestioles noires y trouvaient refuge, tu disais en rigolant que c’était ta ration de protides, ces petites bestioles, « doudou min 3oudou » que tu disais, et quand j’essayais de te remonter le moral en te disant qu’il y aura de vrais beaux jours, tu clignais des yeux en me disant que le Maroc est une grosse fève pleine de petites bestioles noires, les bestioles ne s’en iront qu’une fois la fève bel et bien consommée. |
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| Un jour toute contente, je t’ai parlé de « Onde », L'ONDE, qui se veut la tribune de l'enfant pour plaider sa cause et promouvoir son droit à la protection et celle de sa famille, tu es alors entré dans une colère noire en me disant que c’est vrai que tu te drogues, mais que tu en avais plus que marre des ondes négatives. Que peuvent faire les ambassadeurs de bonnes intentions pour endiguer ton immense misère ? Que pourra faire pour toi la musique ou la danse, que tu étais désolé pour Mr José Antonio Abreu? D’ailleurs tu m'as expliqué que tu entends continuellement la musique du glouglou d'eau, dont tu te remplis la panse pour tromper la faim et que tu danses constamment de froid. Tu n’avais pas besoin d’ambassadeurs qui créent des occasions pour se réunir et assister à des galas et se parader avec des modèles dernier cri, d’ailleurs c’est pour ça qu’ils ont intégré avec eux, un créateur de la haute couture. Ils ont le culot de les appeler, gala de charité, ils s’empiffrent à nos dépens, des dîners somptueux sur les frais des contribuables, qui fait la charité à qui ? Ce jour là j'ai dû m’excuser pour mon ignorance et m’incliner devant ta grande sagesse. |
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| Le jour où je suis venu te dire, qu’un va-nu-pieds allait s’occuper de notre jeunesse, que cette fois c’était la bonne, lui, il en sait quelque chose sur la misère, tu as fait la moue en détournant ton petit visage, comme si ma naïveté t’exaspérait. Je te comprends maintenant, avais-tu besoin d’aller camper en masse, d’enfler tes petits pieds par de longues marches à en avoir des ampoules, de manger les fèves aux petits machins noirs, de gratter au sang, le cuir chevelu, à cause d'une tignasse pouilleuse ? Avais-tu besoin d’attraper des bobos supplémentaires, de perdre du poids, comme si tu en avais en excès ? Pis encore, avais-tu besoin de t'éloigner, pour brûler vif, te transformer en torche humaine dans un campement de fortune? Non ! Et non ! Mais d’abord est ce que quelqu’un t’avait inscrit sur cette liste de misère ? |
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| Toi mon « Zatem » chéri, tu es de ceux qui n’ont pas besoin de vacances, cirer les chaussures, laver les voitures, vendre « zer9a », mendier ou quémander, sont des métiers non couverts par la « sécurité sociale », alors ne cherche pas la couverture de santé, c’est la dernière carte que eux, les raquetteurs, ont tiré pour soutirer les derniers deniers des marocains. Dans un état à découvert, on fait l'honneur aux sujets de sa majesté de couvrir les dettes, ils ont une dette envers l'Etat qui les a toujours couvert de honte. Il faut que tous ploient sous les ordres absolus. |
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| Reste, mon petit, dans l’ombre sinon ils vont trouver le moyen de t’enlever la peau, pour la vendre quelque part, ils veulent ta peau, ils ont déjà vendu la peau de l’ours. Je t’ai appelé« Zatem » enfant de la rue, enfanté par mon subconscient, mais comme toi il y en a des milliers, mon rêve, est qu’un beau jour, des consciences libres te donneront la main, ainsi qu’a tous tes copains d’infortune, ensemble vous ferez votre chemin dans la vie. Ce jour là est proche, j’en suis sûre, alors garde espoir… |
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