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| 10-10-2006
Par Dominique Lagarde, 20-09- 2006 |
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| Les propos tenus le 12 septembre dernier par le pape Benoît XVI, puisant dans l’histoire de l’islam un argumentaire contre la violence religieus,e ont provoqué un tollé dans le monde arabo-musulman. Vous-même, qu’en avez-vous pensé ? |
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| J’ai été attristée. Le pape est une autorité spirituelle. On attend de lui un discours de sagesse. Pas qu’il jette de l’huile sur le feu. L’Amérique de Georges Bush voudrait nous entraîner dans un conflit entre les civilisations. Nous ne devons pas nous laisser faire. La foi, quelle soit musulmane ou chrétienne, ne doit pas être un facteur de division. Et les hommes de religion doivent au contraire tout faire pour calmer les esprits. |
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| Souhaitez vous qu’il s’excuse ? |
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| Je ne crois pas que cela soit utile. Malheureusement le mal est fait. Les opinions sont chauffées à blanc. Je déplore ce climat de surenchère. J’aimerais que puisse s’instaurer un véritable débat entre les sociétés civiles du nord et du sud, entre les sphères arabo-musulmane et judéo-chrétienne. |
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| Qu’est ce que vous donnez, vous, comme sens au mot djihad ? |
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| Le djihad, c’est la résistance à l’injustice. C’est aussi, pour moi qui suis d’obédience soufie, un effort de maîtrise de soi. |
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| Cela exclut la violence ? |
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| Cela exclut en effet la violence. Il est certes arrivé, dans l’histoire du monde musulman, que le djihad passe par la guerre. Mais il s’agissait de guerres de libération conduites dans le respect des valeurs de la foi. Le djihad n’a rien à voir avec le terrorisme, il lui est même antinomique. |
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| Vous tenez un discours qui n’est finalement pas si loin de celui des autorités officielles marocaines, à commencer par le ministre des habous et des affaires islamiques qui est lui aussi d’obédience soufie… |
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| Je ne nie pas qu’il y ait une culture commune. Mais nos conceptions divergent. Parce qu’il y a dans le soufisme beaucoup de sagesse et de douceur il peut, instrumentalisé par le pouvoir politique, devenir une sorte d’opium du peuple. Nous, nous y puisons au contraire une énergie pour combattre cette résignation que l’on cherche à nous imposer. |
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| Que pensez vous de la formation, depuis un an, de femmes- les morchidates- pour guider les fidèles dans les mosquées ? |
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| Nous y sommes tout à fait favorables. En fait, ce sont nos idées qui ont été récupérées. Nous avons toujours estimé que la femme devait participer à l’effort d’ijtihad (interprétation tenant compte du contexte) et cette initiative va dans ce sens. |
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| Y compris avec un programme de formation qui ne se limite pas au champ religieux ? |
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| Tout à fait. Il n’y a pas d’ijtihad véritable sans une réflexion qui confronte les valeurs de l’islam aux valeurs universelles. |
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| Peut-on être musulmane et féministe ? |
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| Complètement. Il faut libérer les femmes musulmanes. Historiquement, en terre d’islam, l’ijtihad a toujours été laissé aux hommes. Du coup, les oulémas ont adopté, avec la complicité des pouvoirs en place, une interprétation de la religion qui privait les femmes de leurs droits. Au sein de la section féminine d’Adl wal Ishane, nous nous efforçons de nous ré-approprier les instruments d’analyse théologiques afin d’élaborer une lecture féminine de l’islam, seule à même de nous sortir de cette infériorisation. Le patriarcat, cela n’est pas dans le Coran. Cela dit, on ne pourra pas le supprimer tant que l’on aura un pouvoir politique autocratique. Les choses son liées. |
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| Al Adl wal Ihsane ne participera pas, l’an prochain, aux élections législatives. Pourquoi ? |
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| C’est une position de principe. Tant que le pouvoir ne manifestera pas une réelle volonté de changement, nous ne nous salirons pas. Nous avons acquis, en 30 ans de proximité sur le terrain la confiance d’une large partie de l’opinion. Nous ne voulons pas perdre notre crédibilité, en nous impliquant dans un système pourri. |
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