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UNESCO: quelle crédibilité ? L’organisation internationale cède à la censure et à l'arbitraire des Etats
Par la rédaction, 21-09-2006
Comme annoncé précédemment, Nadia Yassine a été déclarée persona non grata au siège de l’UNESCO où elle devait intervenir le Mardi 19 septembre 2006 sur le thème : « les femmes musulmanes interprètent les textes », dans le carde du colloque :"Qu'est ce que le féminisme musulman?".
Le colloque
Cette manifestation culturelle a été organisée par la commission Islam et Laïcité (CIL) à l’UNESCO les 18 et 19 du mois courant. Une pléiade de chercheuses réputées pour leurs études sur l’Islam, les droits de la femme et particulièrement le féminisme musulman, a été invitée pour prendre part aux deux tables rondes du colloque dont l’objectif était de « Déconstruire les stéréotypes et comprendre le discours et le mouvement émergent du féminisme musulman. »(1)
Nadia Yassine a reçu l’invitation de la CIL au mois de juin dernier et a confirmé sa participation début juillet.
Censure et cafouillage
Le vendredi 15 septembre 2006, Nadia Yassine, déjà arrivée en France, apprend par Pierre Sané, sous Directeur Général de l'UNESCO pour les Sciences Sociales et Humaines et ancien secrétaire général d’Amnesty International, l’annulation de son invitation pour « pressions trop fortes excerçées sur l’UNESCO ».
Cette décision a surpris les organisateurs qui ont continué tout au long de la journée du samedi et du Dimanche à confirmer à Nadia Yassine sa participation ; et ce n’est que le lundi 18 septembre, jour même de l’ouverture du colloque, que les coordinateurs de la commission Islam et Laïcité lui confirment la censure de l’UNESCO et lui expriment la solidarité de tous les membres de la commission.
Réactions
• Lundi 18 septembre2006 :
la première réaction de la commission a été d’écrire un communiqué dénonçant cette censure, et qui devait être lu par Alain Gresh, président de la Commission islam et laïcité, lors de son allocution d’ouverture du colloque. L’UNESCO ayant été avisé a donc décidé de commencer directement les travaux et de supprimer les deux allocutions d’ouverture.
La commission islam et laïcité a donc envoyé le communiqué à l'AFP où elle a exprimé sa surprise de la décision de l’UNESCO et où elle a affirmé qu’elle « regrette cette censure et ce manquement à la liberté d'expression dans un colloque conçu comme pluraliste à l'image des objectifs et idéaux de l'Unesco ». (2)
• Mardi 19 septembre2006 :
Siham Andalouci, membre de Présence musulmane, du Collectif des Féministes pour l’égalité et vice présidente de la Commission islam et laïcité, a exprimé sa solidarité en refusant de modérer le débat sur : « les femmes musulmanes interprètent les textes » auquel Nadia Yassine devait prendre part. Elle a souligné qu’elle trouvait malheureux qu’un débat sur la question féminine soit soumis à des aléas de politiques étrangères faisant que des femmes peuvent s’exprimer et d’autres n’ont pas le droit à la parole. Elle a également précisé qu’en tant que femme, citoyenne et musulmane, tout son combat, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de la communauté musulmane, a été de démontrer que les femmes ont la capacité d’assumer leurs propres choix, et qu’être femme ne déroge pas au droit à une conscience libre et responsable et à une parole indépendante. Elle ne pouvait donc présider un débat dans des conditions qui témoignent du contraire, tout en réaffirmant son attachement profond à l’esprit du colloque.
Dans le même élan de solidarité et partant des mêmes principes, Ismahane Chouder, membre de Participation et spiritualité musulmanes et de la Commission islam et laïcité, vice-présidente du Collectif des Féministes pour l’égalité, a refusé de modérer la deuxième partie du débat sur les femmes musulmanes interprètent les textes », dénonçant ainsi la décision de l’UNESCO qui se targue de défendre les droits de l'homme et la démocratie, et de promouvoir le dialogue et l’échange culturel. Elle a rappelé l’importance du pluralisme des approches prévues pour l'intérêt et la qualité du colloque.
Deux des participantes à ce débat, Norhayati Kaprawi , directrice des programmes de l’organisation Malaisienne « Sisters in Islam (SIS) », responsable des programmes d’éducation publique, de la communication, de la documentation et des médias ; et Malika Hamidi, chercheuse en sciences de l’éducation et de la société à Lille 3 et Coordinatrice de l’« European Muslim Network », groupe de réflexion sur la question de l’islam en Europe, et actrice de la société civile engagée sur le terrain de l’action et de la réflexion sur la question des femmes ; n’ont pas manqué au début de leurs interventions de décrier cette violation du droit à la parole et d’exprimer leur indignation face à la décision de l’UNESCO.
Explication de l’UNESCO
Face à ces protestations, la porte parole de l’UNESCO a dû s’expliquer : « L'Unesco a pour tradition de mener des consultations avec les pays d'origine des personnalités invitées à intervenir dans ses locaux. Ces consultations n'ont pu être menées dans le cas de Mme Yassine ». Le service de presse de l'organisation a confirmé « que Mme Yassine, porte-parole officieuse du mouvement Al Adl Wal Ihssane et fille du cheikh Abdessalam Yassine qui le dirige, ne fera pas sa communication prévue mardi après-midi du fait que "la procédure de consultation avec son pays n'a pas été suivie". (2)
Solidarité
La plupart des intervenants parmi l’assistance ont dénoncé vigoureusement la censure de Nadia Yassine la déclarant inacceptable à plusieurs égards :
- l’espace international qui se doit d’être neutre.
- la manifestation qui aspire à croiser des analyses et des regards différents sur l’Islam et le féminisme.
- et le contexte en France, supposé démocratique.
Nombreux sont ceux qui se sont déclarés indignés de voir une institution internationale user de censure, pratique d’usage surtout dans les états non démocratiques dont bon nombre de pays arabes.
Cette affaire n'a cessé d'être soulignée et resoulignée tout au long du colloque.
Lettres d’indignation
Une lettre d’indignation a été envoyée massivement à l’UNESCO par des acteurs de la société civile française et marocaine où ils expriment leur profonde indignation quant à la décision arbitraire d'exclure Nadia YASSINE du débat sur la question du féminisme musulman. Les signataires de la lettre considèrent Nadia Yassine comme une femme de dialogue et d'engagement dont les idées sont importantes à connaître et à discuter, et reconnaissent ses efforts depuis plusieurs années pour dresser les ponts du vivre ensemble et pour participer à construire un dialogue serein entre le monde musulman et l’occident. La décision de l’UNESCO est ainsi jugée abusive, soudaine et ambiguë de la part d'une institution qui brandit l'étendard de la liberté d'expression, des droits de l'homme, du respect de la différence et du dialogue … La lettre - pétition pose surtout la grande question : ces principes sont-ils mythe ou réalité ?
Finalement, Nadia Yassine a été « présente » à ce colloque même si elle n'y était pas physiquement. Sa "non présence" a été très éloquente. Elle a dévoilé les coulisses des manoeuvres politiciennes et a surtout soulevé des questionnements sur la « démocratie » dans les institutions internationales, leur « autonomie » et leur « neutralité » présumée.
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(1) Programme du colloque. www.islamlaicite.com
(2)Dépêche de l’AFP du 18/09/2006