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| Par Nadia Yassine, 16-09-2006 |
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| Rechute cruelle |
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| Le destin de la femme que le Prophète (paix et salut à lui) voulut promouvoir finit hélas avec l'avènement du despotisme personnifié en Moawiya que le respect dû aux Compagnons ne doit pas nous empêcher de critiquer vivement. La critique n'est pas forcément synonyme de haine dans notre perception musulmane du monde qui nous fait voir une part de fatalité dans chaque action passée et close. Le libre arbitre est conditionné par l'instant et est possible tant qu'il y a un futur; au passé, on ne parle que de Destin. |
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| Les derniers spécimens de cette femme majeure et responsable n'hésiteront pas d'ailleurs à être éloquents dans leur critique adressée à Moawya. Après, commença le déclin et la marche arrière de la femme musulmane. Après, se produisit une rupture brutale de l'élan vital. L'appréhension du Prophète (paix et salut à lui) se vérifia. Ne dit-il pas sur son lit de mort et comme dernière recommandation-prémonition : «Appréhendez Z'épreuve des femmes. » |
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| La communauté, encore mal débarrassée de ses anciennes tendances naturelles fera vite une interprétation machiste de cette recommandation, oubliant qu'il était impossible que Mohammad (paix et salut à lui) fasse une exhortation aux antipodes de ce qu'il avait défendu toute sa vie. Ce hadith peut être classé tout simplement parmi ceux à travers lesquels le Messager informait les musulmans des épreuves qui les attendaient, allant ainsi jusqu'au bout de sa mission de bachir et de nadir. |
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| Si les Musulmans font de si mauvaises interprétations des recommandations et des avertissements du Messager, c'est bien parce qu'ils sont oublieux de l'essence même du Message coranique et qu'ils souffrent d'une vision fragmentée de leur foi. C'est la dimension profonde de l'islam qui fait cruellement défaut à nos exégètes misogynes. Lorsque cette dimension est tenue en compte, nous avons dans notre patrimoine des savants comme Al Ghazali (Algazel) qui reconsidère le statut de la femme avec des yeux relativement bienveillants. Actuellement, nous avons Qaradawi en Egypte, Koubeyssi en Irak. |
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| Le statut de la femme s'est non seulement forgé très loin de ce sens profond mais a souffert des passions des princes qui perpétuèrent des traditions néfastes et instituèrent des pratiques aux antipodes du Message coranique. Combien sont justes les propos de Zakya Daoud défendant l'idée que l'histoire du statut de la femme musulmane est essentiellement politique: |
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| « Les femmes ont fait les frais, dit-elle, de pouvoirs autoritaires qui, dans les trois cas, ont utilisé leur situation pour se renforcer et se perpétuer. C'est dans le ventre mou des sérails que se vérifient les extravagances des tyrans et que se mesurent le mieux la lente composition recomposition des processus sociaux. Aussi aujourd'hui, les problèmes qui se posent à elles font-ils partie du contentieux des sociétés civiles à l'égard des pouvoirs; » |
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| Les princes vautrés dans le luxe d'un pouvoir corrompu et corrompant ignorèrent superbement les enseignements du Coran révélé pour libérer l'homme de ses chaînes au sens propre et figuré. Les foutouhates leur tournèrent la tête. Ils voyaient affluer une marée de belles prisonnières de guerre qui réveillèrent les instincts universels de possession de la femme. L'islam prônait de garder pour un temps les prisonniers de guerre au sein des familles afin de leur faire apprécier de visu ce qu'est la vie d'un musulman et ce qu'elle offre comme équilibre psychologique et comme réponse aux angoisses existentielles. Il s'agissait de les initier à un mode de vie basé sur l'équilibre entre le spirituel et le temporel, entre le transcendant et le quotidien puis de les libérer et les laisser rentrer chez eux en missionnaires avertis de l'islam. |
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| La détention devint la règle car elle permettait de profiter d'une féminité que l'on refusait aux femmes arabes libres, symboles d'une dignité effarouchée et mal tournée. Les mœurs de la cour déteignirent sur la société musulmane, notamment dans les villes qui avaient eu déjà de la peine à sortir du schéma hyper-machiste de l'aristocratie arabe. |
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| Il est vrai que le statut de la femme variait d'un pays à l'autre, de la campagne à la ville, d'une contrée à une autre, mais la culture dominante était celle de la femme-objet qu'on eut vite fait de renvoyer aux khoudours de l'histoire. L'adage d'Ibn Khaldoun «Les sociétés embrassent la foi de leurs rois» est très juste concernant le domaine du statut de la femme. Son « din al inkiad » pourrait se traduire par « la foi mimée». La société entière, d'une façon ou d'une autre et par la force de ce mimétisme, était imbibée par cette culture misogyne qui reproduisait des traditions jahiliennes en croyant être sur la voie de l'islam. |
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| Glissements |
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| La sémantique est là pour témoigner aussi de cette déviation qui telle une onde commence dans les sérails et finit dans les chaumières. Nous choisirons le terme de wali, traduit à tort par «tuteur », pour témoigner de ce glissement étymologique qui reflète d'autres glissements; glissement de la foi, glissement du pouvoir, glissement de la société. |
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| Ce concept de wali fait dresser à raison les cheveux sur la tête de plus d'une féministe en terre d'Islam. La vérité première de ce mot pourrait pourtant les réconcilier avec ce terme plein de finesse au tout début, miné de quiproquos de nos jours. Le terme de wali signifie étymologiquement en arabe l'« ami» ou encore le « soutien ». Le verset qui déclare « Dieu est le "wali des croyants» ne peut en aucun cas être traduit par :« Dieu est le "tuteur" des croyants. » mais bien par « Dieu est le "soutien" des croyants. » |
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| Un autre verset est plus révélateur encore de cette signification : « Les croyants et les croyantes sont des soutiens mutuels (awliya) les uns pour les autres. » Il est insensé de traduire ce verset par « Les croyants et les croyantes sont des tuteurs mutuels les uns pour les autres. » |
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| Le principe du wali est adopté chez la majorité des imams dans ce sens premier de « soutien» et d'« ami solidaire ». Ils y virent un moyen de protéger la femme non de la brimer, de l'amoindrir, ou d'en faire une éternelle mineure sous tutelle. Le mariage s'inscrivait alors dans une logique de liens sociaux qui impliquaient les deux familles et n'était pas seulement une union binaire. On peut toutefois reprocher à la jurisprudence musulmane de ne pas avoir retenu un hadith aussi important que celui du wali. Le Messager (paix et salut à lui) a ordonné: « Prenez compte de l'avis des mères dans le mariage de leurs filles. » La principale concernée reste certainement la fille qui se marie. L'Islam veut seulement renforcer ses relations sociales et instituer une dynamique à laquelle participent tous les membres des deux familles. On se prend également à se demander pourquoi dans la pratique nous nous sommes tant éloignés de ce schéma qui fait de la famille un cocon protecteur et non une geôle cruelle pour la femme, la mère comme la fille. |
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| Pourquoi ce concept a-t-il donc dégénéré de la sorte? Le glissement sémantique du wali-soutien au wali-tuteur n'est pas un glissement innocent. Il a accompagné la glissade politique et sociale qui renoua avec des traditions patriarcales des plus impitoyables. L'histoire n'est certainement pas linéaire mais bien faite de circonvolutions et de retours. De retours à la case spirituelle départ, le monde arabo-musulman abandonna l'intégration de la femme dans la vie de société et retrouva sa jalousie maladive envers ses femelles. La classe privilégiée qui se trouve être celle qui prend des décisions pour tous décida de cloîtrer encore une fois les femmes. |
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| Le wali censé protéger la femme en faisant un contrepoids masculin dans un jeu de relations où la dimension psychologique n'est pas à négliger, le wali censé être un soutien moral en cas de litige entre les deux parties du pacte matrimonial devint par ce retour à la jahyliya son bourreau, son tuteur. Sa tutelle se conjuguant avec celle d'un mari tout aussi machiste entraîna une alliance objective entre les mâles à travers l'histoire et à travers leurs différents statuts. |
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| Qu'il soit wali ou mari, une complicité mâle se développa renforcée par une conjoncture économique de plus en plus difficile. La femme perçue par les mâles de sa famille d'origine comme une bouche à nourrir est quasiment vendue au mari. Le wali, censé être un refuge, se soucie souvent très peu des souffrances de sa pupille et préfère ne rien voir tant que la «bouche à nourrir» reste là où elle est. Dans cet imbroglio juridico-historico-économique, toute la gent féminine est susceptible de passer sous la coupe de la violence mâle, expression d'une violence émanant du haut de l'échelle sociale, tapie au fond des cœurs où la foi s'est étiolée.. |
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| Le cercle de la violence (physique ou morale) se referme doucement sur la victime classique des sociétés décadentes; la femme. La pression venant d'un pouvoir dénaturé et violent se traduit dans les foyers par une dénaturation plus profonde encore des rapports du couple qui, selon le Coran, devraient être des rapports de tendresse et de miséricorde. |
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| Un proverbe marocain, qui doit avoir des équivalents dans d'autres pays musulmans, histoire commune oblige, dit :« Les gens m'humilient et moi j'humilie Ouicha, ma petite femme. »C'est la fttna de la femme à laquelle le Prophète (paix et salut à lui) faisait allusion.C'est l'épreuve de la femme qu'on ne sut pas protéger ou qu'on finit par étouffer à force de vouloir la protéger. |
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| Nos imams des premiers temps de l'islam, confrontés aux remous de la Grande Épreuve, promulguèrent le principe de « sadd addarlâ » tout comme un pays en état de guerre promulgue l'état d'exception. Ils étaient sans nul doute réellement soucieux du sort de la oumma. Intelligents toujours, courageux sûrement, ils cherchaient alors solution à une véritable crise. L'état d'exception devint hélas un état permanent et les droits octroyés aux femmes par le Prophète (paix et salut à lui) passèrent aux oubliettes d'une histoire qui poursuit sa glissade de plus belle. Cette privation des femmes de leurs droits au nom d'un état d'exception qui devint un état normal allait bouleverser les structures de la communauté musulmane. |
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| Les femmes sont les matrices de la société au sens propre et au sens figuré (au sens figuré plus encore qu'au sens propre). La société est pour ainsi dire leur miroir. Battues, marginalisées, humiliées, privées de leurs droits, méprisées, analphabètes, leur sort déteignit forcément sur leur environnement. Elles ne purent plus transmettre le flambeau de la foi, du courage, de ce sentiment qui engendre la combativité et l'intelligence. Elles ne purent plus être les garantes de l'équilibre familial qui produit une société saine et grosse de promesses. |
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| Une société qui traitait ainsi ses femmes méritait la colonisation et celle-ci arriva comme une gifle du destin. Tant qu'il n'y avait pas une civilisation différente venue jouer le rôle de miroir et proposer un mode de vie aux antipodes de sa propre réalité, tout allait pour le mieux et la mentalité fataliste se reproduisait à l'infini à travers les siècles. La femme subissait cette marginalisation comme elle respirait. Elle n'en souffrait même pas. Elle s'acceptait gynécée d'une communauté retournée à sa misogynie d'origine qu'elle-même intégrait à l'âge de la ménopause pour devenir encore plus féroce envers son propre sexe. |
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| Il n'y eut de pire tortionnaire de la femme que la femme, belle-mère et ignorante de Dieu. Ayant atteint le seul statut honorable (celui de mère) qu'accorde une société de fttna à ses semblables, elle en abuse de façon ignoble. Cette mère infantilisait son rejeton mâle et finissait par l'étouffer en reportant sur lui le trop-plein d'une tendresse qu'elle aurait normalement du partager avec son mari. L'ignorance, les frustrations plus une idéalisation du sexe masculin, sur lequel la mère transfère toutes ses souffrances et bâtit tous ses espoirs de devenir respectable, créent une situation intenable pour la pauvre épouse. Cette dernière aura alors à subir les vanités du fils gâté et le caractère acariâtre d'une belle-mère qui traduira la haine qu'elle a de sa propre image de la femme par l'humiliation systématique de sa bru. |
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| Même l'intrigue a une couleur sociale. De bas en haut, sauf exception qui confirme la règle, l'ambiance est à la défiance dans les foyers et tout est bon pour laisser exploser les colères rentrées et les frustrations. Si dans les palais, les intrigues féminines se caractérisent par une certaine fluidité et ont une résonance feutrée grâce à l'aisance matérielle ; dans les chaumières, on se crêpe facilement le chignon. Les services néfastes de fqihs bien équipés en mixtures dégoûtantes auxquelles ont recours les malheureuses épouses vont souvent jusqu'à l'empoisonnement. Si on s'amusait à déterrer les belles-mères et les maris d'antan (et d'aujourd'hui aussi d'ailleurs) et à pratiquer des expertises sérieuses sur les causes du décès, on aurait certainement de grandes surprises. |
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| Voilà ce qu'on a réussi à faire de nos sociétés et de nos foyers après nous avoir coupés des sources vives de notre foi. Ce n'est pas parce que la femme est une mauvaise nature qu'elle est acariâtre ou qu'elle recourt à des procédés peu scrupuleux. La femme superficielle, la femme superstitieuse, la femme rusée, la femme menteuse, la femme qui s'adonne à la sorcellerie est un pur produit d'une société machiste qui ne réussit pas à gérer sa fitna des femmes. La responsabili¬té doit revenir non à la femme mais à notre éloignement à tous de l'enseignement vital de notre Prophète (paix et salut à lui), de l'esprit du Message. |
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| * Extrait du livre « TOUTES VOILES DEHORS », p302 – 308. |
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