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Articles et chroniques
Tanger, zone libre
Au pays de tous les cafouillages
Nadia Yassine, le 08/03/2006
Qui est le malotru qui oserait dire que le Maroc n’avance pas ! Il court, il court…Suivez-le si vous pouvez. Suivez l’imbroglio, surtout !
Qui dit mieux en matière d’innovation !
La MAP qui est, rappelons-le, un organe de presse est désormais et grâce à une révolution juridique typiquement marocaine, habilitée à informer les citoyens de leurs droits, de leur procès et de leur relaxation. S’il vous prend l’idée de fréquenter des agences moins… « révolutionnaires », vous risquez de rater vos rendez-vous avec l’histoire.
Ainsi, moi, qui n’ai pas reçu de convocation officielle pour mon procès, j’ai été informée de la date de celui-ci par ce merveilleux organe, qui presse et compresse toutes les normes connues jusqu’ici dans un Etat de droit.
Imaginez le tort qu’on subirait sans la MAP ! On ne serait pas seulement désinformés mais déformatés aussi. Le Roi Hassan II lui avait octroyé en 1959 (eh oui ; tout est octroyé) une devise qui n’a jamais été aussi bien respectée : « La nouvelle est sacrée, le commentaire est libre. » Depuis, l’agence se fait un point d’honneur d’informer et de très librement commenter l’information.
Grâce à sa fidélité à cette devise, j’ai eu vent que je n’étais plus interdite de quitter le territoire. Un certain procureur du Roi leur jura qu’il ne m’avait jamais interdit de quitter celui-ci ; ce dont personne ne l’accuse d’ailleurs puisque si on n’a qu’un Roi, plût à Dieu, ses procureurs sont très nombreux. Et comme la MAP semble assurer l’anonymat de ses indicateurs (déontologie oblige !) rappelons que l’information est libre… même de ses sources.
De plus, nous croyons certains de nos magistrats sur parole même si ça dépend à qui ils la donnent. Moi je dirais que si cette histoire se joue au niveau de la presse officielle c’est qu’elle dépasse l’instance juridique. La presse officielle ainsi que les télévisions ne sont-elles pas au dessus de tout soupçon ?
Par contre, je soupçonne fortement la MAP de détenir le secret de cette histoire; et moi qui ai fait un sit-in dans les bureaux de la police de l’aéroport afin de connaître mes mystérieux harceleurs, le jour où on me signifia que je ne pouvais en aucun cas quitter le territoire ! Ils n’en savaient rien, les malheureux !!! Ils ne travaillent tout de même pas dans un organe de presse…
Lorsque la MAP donc m’avisa de mon droit à quitter le territoire, je m’empressai d’aller l’exercer sur le champ. Je décidai alors d’aller faire un peu de tourisme à Algésiras en l’annonçant « à qui voulait l’entendre ; à qui de droit" sur le net lors de ma rencontre mensuelle de « akhawate al akhira » (soeurs pour l’éternité).
Surprise ?
Le jeudi 2 mars 2006, sur le quai du port ; qui de droit étaient tous là ! Soyons honnêtes, le nouveau concept de l’autorité transparaissait sur les visages avenants et ouverts. Les mines patibulaires ne sont plus qu’un mauvais souvenir (lhamdoulillah) et il faut dire que pour des tangérois c’est un exploit que d’être sympathiques à 8 heures du matin. Il paraît qu’ils sont victimes du vent de Ktama qui a un effet soporifique.
Quand en plus, on est policier « secret, très secret» ; sourire de si bonne-heure, tient du miracle démocratique !!!!
Le comité d’accueil était donc fort poli, varié aussi. L’un d’eux, me certifia que jamais au grand jamais, je n’ai été interdite de quitter le territoire. Je me dis à l’instant même que j’aurais bien fait de prendre rendez-vous chez un bon psychiatre espagnol qui puisse me dire sincèrement si je n’avais pas un début d’Alzheimer. Pourquoi espagnol ? Parce qu’on ne sait jamais si celui qui exerce au Maroc est vraiment indépendant ; toujours « nouveau concept de l’autorité » oblige…
Le haut-responsable (enfin façon de parler puisqu’il n’y a que des exécutants comme me l’a certifié la police de l’aéroport de Casablanca) me dit alors sans sourciller que, tenez-vous bien, c’était peut-être parce que je n’ai pas bien choisi l’endroit d’où je devais sortir. Il me certifia que les autorités de Tanger me souhaiteraient la bienvenue chaque fois que je voudrais quitter le territoire de chez eux…
Je pris le bateau mais je ne vis rien d’Algésiras parce que j’étais trop plongée dans mes méditations imbrogliopolitiques sur le makhzen et ses facéties.
Pourquoi ?
La réponse facile c’était que si on m’a interdit d’aller en Allemagne, c’est parce que la rencontre était académique et que maintenant je n’allais faire que du tourisme… Je la chassai très vite parce que je suis si pessimiste envers les capacités intellectuelles du Makhzen que je ne crois pas qu’il fasse vraiment la différence. C’est trop de subtilités pour ce « machin » …
Après m’être perdue toute la journée dans les rues de l’Espagne et dans les cafouillages de mon pays ; une question me torpilla et fit tanguer le bateau de mon retour : « et si le Maroc n’avait plus de centre de décision !!!! »
Ne voulant pas tirer de conclusion trop hâtive et démoralisante, je me pris à raisonner en procédant par élimination. Réfléchis bien, me disais-je, réfléchis !
Je veux partir du centre du Maroc, en avion, on me l’interdit !
Je veux sortir par le Nord du Maroc, en bateau, on m’y autorise !
Avant de tirer l’ultime sentence et par esprit d’ « équité, de résignation et d"intégrité" » : je dis alors en mon âme et conscience : « essaie par le Sud …en chameau !…. ».