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Sur un air de fête...
Najia Rahmani, le 08 mars 2006
Le 8 Mars oblige, toutes les femmes doivent festoyer. Etant femme, moi aussi je tiens à mettre mon grain de sel, histoire d'être de la fête.
Dommage Hada qui a l'œil au beurre noir ne peut pas y aller, hier elle avait demandé à Mouha de lui acheter des chaussures pour aller au Dawliz, ou plutôt Dahliz si on veut être plus précis. Dahliz ouvre ses portes aux femmes le 8 mars gratuitement. Pauvre Hada, elle ne voulait pas y aller avec ses sandales en plastique d'un rouge écarlate. Mouha à qui le "mkadem" a soutiré les dix Dirhams ( gagnés durant sa dure journée de labeur) a été cherché un certificat d'indigence, nécessaire pour des soins à "moitié" prix à l'hôpital et a été obligé en plus -pour sauver sa carriole de légumes de la fourrière- de donner au mkhezni quelques kilos de pommes de terre ( pauvre bougre ce mkhezni, il n'avait pas le choix, sa maigre paye a été départagée entres ses créanciers, et ses enfants avaient bien besoin de ces pommes de terre) . Il était devenu tellement hargneux Mouha, qu'il ne trouva meilleure réponse à la requête de Hada que de lui balancer son poing à la figure. Beau cadeau de fête! Bravo Tyson, tu aurais aussi pu lui mordre l'oreille pour te défouler complètement.
La violence conjugale, qu’elle s’exerce de façon verbale ou physique, est une réalité quotidienne pour des milliers de marocaines. Il n'existe pour le moment aucun chiffre pour quantifier l'ampleur du phénomène. Pour y remédier, une dame bien astiquée, sur ses trente et un, qui bien sûr n'avait jamais chaussé de sandales en plastique, nous a annoncé, à nous les femmes, «la mise en place d'un numéro vert qui s’inscrit dans le cadre du suivi du plan exécutif de la stratégie nationale de lutte contre la violence à l’égard des femmes, de la consolidation de la politique de proximité ciblant les femmes maltraitées. Le numéro est opérationnel à l’échelle nationale. Le téléphone, facilement accessible aux analphabètes - contrairement à Internet par exemple - et répandu dans tout le Maroc, permettra d’orienter les femmes désorientées vers les organes judiciaires et administratifs compétents ». A la bonne heure, ils reconnaissent qu'il y a des analphabètes. Ce numéro vert fut lancé en grandes pompes, dans un tintamarre assourdissant : des affiches partout, des spots qui pleuvaient, de "hauts" responsables qui s'égosillaient parce qu'on ne les entendait pas bien d'en "haut" ...
Mais qu’en est- il maintenant?
Ce numéro vert reçut l'appel de ‘Ouicha :
- Che... fou... zen bri... aidez... moua.
- On ne te comprend pas, pourquoi parles- tu comme ça?
- zé... qu'il ma... caché... la mou...choire.
Bon gré malgré on a compris que le mari de ‘Ouicha durant la séance quotidienne de passage à tabac, lui a cassé la mâchoire et qu’elle ne pouvait plus parler, donc il n’ y a pas moyen pour écouter ses doléances. Idem aussi pour ce qui est de la politique de proximité ‘Ouicha habite à Mhamid lghizlane, connaissez-vous ce patelin? (Moi je connais, là-bas il y a des femmes merveilleuses). Tant pis pour elle, on n'a pas idée d'aller habiter un bled perdu. Mais n’aviez-vous pas dit que le numéro était opérationnel à l’échelle nationale?
Pouah! S'il faut croire tout ce qu'on vous raconte…
Elle est très désorientée la ‘Ouicha! Vous pouvez l'orienter vers les organes judiciaires et administratifs compétents?
- Ouuuoui, maintenant elle peut facilement avoir son divorce, la procédure est très simple. Hé ! Mesdames ! C'est bien, c'est super, mais que fera-t-elle après?
Elle n'a aucune ressource financière?
‘Ouicha l'analphabète n'est pas bête du tout, la faim est sa bête noire, alors elle choisit de supporter son bourreau jusqu'à la tombe. C'est comme ça, il y a des femmes qui paient très cher une croûte de pain, " tarf dial khobz" !
Désolée pour toi ‘Ouicha, Yasmina ne peut pas cette fois encore, voler à ton secours, Sindibad dont le bateau vogue sur les côtes africaines, l’a probablement envoyée assister à la 50e session de la Commission de la condition de la femme, entamée le 27 février 2006, au siège de l'Onu à New- York. Forcément il ne peut pas tout faire et tout seul, lui le Sindibad, il a besoin de surfeurs professionnels pour surfer avec lui et surfer sur les problèmes. Alors la Yasmina s'envole pour remplir la mission. Remarque, je ne suis pas sûre que ce soit bien elle qui s'en est chargée, il y a belle lurette que j'ai cessé de regarder les dessins animés. D'ailleurs même si elle était là, elle ne comprendrait pas ta faiblesse ma petite ‘Ouicha, elle, elle est adepte du body-building, elle a "arraché" son siège haut la main. Maintenant, elle y est bien calée, pas question de la déloger.
Que peut-elle pour toi la Yasmina? Rien, mais elle a beaucoup de bobards à raconter à ces dames de la 50e session qui se sont réunies pour discuter «Le renforcement de la participation des femmes au développement : instauration d'un environnement propice à l'égalité des sexes et à la promotion de la femme, notamment dans les domaines de l'éducation, de la santé et du travail».
Voyons mesdames de l'ONU ce sont là de grands thèmes, d'une importance vitale, ne perdez plus votre précieux temps à écouter "la princesse qui boit bien dormant bien ", venez écouter les sources sûres : Hada, ‘Ouicha et les autres. Venez pendant qu'il est encore temps puisque vous ne clôturez la session que le 10 mars 2006.
Sur ce, mesdames je vous tire ma révérence, c'était ma modeste participation à notre fête. Néanmoins, je reste consciente que notre vraie fête débutera lorsque, ensemble, nous Femmes du Maroc, entamerons un travail de longue haleine, un travail d’éducation allant de pair avec un travail au niveau politique. Rassurez-vous messieurs, il ne s’agit pas de prendre notre revanche sur certains Mouha, Jilali et autres, les pauvres, ce ne sont que des boucs émissaires. On cherche une complémentarité où Hada et Mouha seront de vrais partenaires, leur vie sera régie par l'équité, le respect, le partage, le bon sens et la confiance mutuelle. Ensemble ils bâtiront une société de valeurs spirituelles.