Fr    En    Es    ع
Accueil Qui est elle? Contact  
 
Pensée
 Articles et chroniques
 Extraits
 Conférences
 Interviews
 Ils ont dit
 Vos contributions
Evènement
 L'interview évènement
 Lettre ouverte
 Le procès
 Presse et presse
Divers
 Enregistrements
 Album
 Procès en multimedia
Interviews
Entretien avec un universitaire
20 janvier 2006
Nous publions ici les réponses de Nadia Yassine à quelques questions du professeur Maati Monjib, qui a donné une conférence sur "l'action politique et la biographie de Nadia Yassine" au "University of Florida's Center for African Studies", le 20 janvier 2006.
Les reponses de Madame Yassine aux questions posées par M. Monjib et son message a l’audience traduits en anglais par L. Villalon et Maati Monjib.
Question : A quelle période de votre vie êtes-vous devenue une militante islamiste; Est-ce que vous trouvez juste et adéquate une telle qualification (militante islamiste)?
Réponse : Je vous remercie de votre intérêt. Dans le souci de promouvoir une certaine objectivité et un travail académique bien fait, je réponds volontiers à vos questions.
J’ai commencé à m’intéresser au côté politique de l’islam lorsqu’un matin des policiers aux mines antipathiques firent irruption chez nous pour kidnapper mon père et le faire disparaître durant 4 ans. J’avais 15 ans. C’était l’année pendant laquelle mon père écrivit la fameuse lettre ouverte au roi du Maroc où il le sommait de choisir entre la promotion d’une société équitable telle que prônée par l’Islam ou un déluge politique inévitable. Ce jour là, j’avais définitivement basculé de l’insouciance dans le monde de la responsabilité et de l’action.
Je ne me reconnais pas dans l’étiquette militante islamiste parce que je sais qu’elle est pleine d’une charge négative et violente. Le mouvement auquel j’appartiens a des racines soufies et un programme spirituel qui sont un garde fou contre toute dérive, et si l’Islam est notre référence c’est bien parce que avant de constituer pour nous une histoire il est porteur de sens : celui de l’Homme. C’est dans cet islam qui nous a été confisqué par les pouvoirs que nous avons puisé le principe de résistance dans la non-violence. Je dirais donc que nous sommes des musulmans responsabilisés et éveillés à notre foi et à notre histoire. C’est vrai que c’est une formule qui ne répond pas aux exigences médiatiques.
Question : Quel serait votre message personnel aux chercheurs et aux citoyens qui vont assister a cet événement organisé par "the University of Florida Center for African Studies" le 20 janvier prochain?
Réponse : Je dirais à l’assistance qui appartient, je crois, à une élite deux choses essentielles.
1°) le 11 septembre n’est pas l’expression d’un quelconque clash des civilisations mais celle d’une colère aveugle et grandissante de par le monde envers des politiques iniques. Ceux qui veulent absolument présenter les choses sous l’angle Orient-Occident veulent faire oublier que le vrai rapport est celui Nord-Sud. Si l’Islam est impliqué dans cette histoire c’est d’abord parce qu’on l’a utilisé comme idéologie de combat et ensuite parce que, statistiquement, le monde musulman est le plus touché par l’impérialisme de certaines puissances et avant par le colonialisme. Je crois donc que l’intelligentsia américaine a le devoir sacré de s’impliquer plus dans le politique et d'être consciente qu’à super-puissance correspond super-responsabilité. Il faut absolument sauver la conscience de l’américain moyen de la médiocrité dans laquelle la manipulation politicienne essaie de la garder. La démocratie ne s’en portera que mieux et la paix du monde aussi donc.
2°) Je crois qu’il est urgent que toutes les sociétés civiles soient solidaires pour penser globalement le monde et essayer de sauver une planète qui est véritablement en danger à cause d’un pragmatisme politicien aveugle et d’un consumérisme suicidaire.
Veuillez agréer mes respectueuses salutations.